Le père Nathanael Saint-Pierre répond à Réginald Boulos: LETTRE OUVERTE À MES FRÈRES ET SŒURS HAÏTIENS

REGINALD BOULOS, M.D., M.P.H.; Port-au-Prince, le 19 juillet 2018

LETTRE OUVERTE À MES FRÈRES ET SŒURS HAÏTIENS

 J’ai vécu avec une profonde amertume l’action violente exercée contre les entreprises dans lesquelles je suis associé. Ces entreprises sont le fruit de plus de quarante-deux années de travail éprouvant, de longues nuits de rélexion et d’investissements continus, preuve de ma foi inébranlable dans mon pays. Avant tout, je tiens à exprimer mes sympathies émues et ma solidarité à l’endroit des autres maisons de commerce pillées ou incen- diées, à ces marchandes dont les tréteaux ont été détruits, aux propriétaires dont les automobiles personnels ont été endommagés et à tous les chaufeurs du transport en commun privés de leur gagne-pain.

En toute équité, rien ne saurait justiier qu’on  détruise avec une telle violence l’œuvre  d’un  homme qui  n’a fait que du bien à sa communauté. Je n’ai fait de mal à personne. J’ai toujours payé régulièrement mes impôts. Ma profession de médecin et mes initiatives d’entrepreneur responsable, aux fortes convictions civiques et huma- nistes, m’ont amené à construire des hôpitaux, des centres de santé, des écoles au bénéice des plus vulnérables d’entre nous. Ces opérations de ‘‘ déchouquage ’’, froidement concoctées et exécutées sous le couvert d’actions de foules mécontentes, constituent la pire des injustices faite à un homme qui a passé sa vie à créer des emplois et emploie aujourd’hui plus de deux mille de ses frères et sœurs haïtiens. Combien d’autres années de durs labeurs me reste-t-il pour tout reconstituer et réparer une telle injustice ? Dieu seul en détient la clé. J’ai, cependant, la foi que par l’intercession et la magnanimité du Très-Haut, je saurai surmonter mes doutes du moment et me relever dignement, fût-ce avec peine et mélancolie.

Ces actes de  destruction  d’une  violence  inouïe  m’ont  évidemment  ébranlé.  Les  auteurs  intellectuels et exécutants de telles monstruosités ont-ils pensé un instant à leurs conséquences désastreuses et douloureuses dans la vie de ces jeunes travailleurs, ces professionnels dévoués, ces mères et pères de famille dont le seul crime n’a été que de vouloir gagner leur pain quotidien dans la dignité par le travail et à la sueur de leur front ? Ils sont plusieurs centaines à se retrouver actuellement, par la force des choses, sans emploi et à aller grossir les rangs de ceux qui doutent de plus en plus de l’avenir du pays, qui s’inquiètent de leur demain, de celui de leurs enfants et qui contemplent l’exil vers des terres plus accueillantes et prospères malgré leur attachement viscéral à la terre natale. C’est 673 salariés directs de la Délimart qui sont, à présent, au chômage et des centaines d’autres, dépendant de l’activité de nos fournisseurs locaux, à être sur le pavé sans revenus dans un contexte économique et social déjà très précaire. Tout un écosystème social, fait de petits marchands mobiles d’articles divers, de vendeurs ixes et mobiles de repas chauds, d’artisans et d’ingénieux confectionneurs de produits comestibles de la capitale et de la province, s’était constitué autour de la Délimart. Entre les agents économiques d’un tel réseau s’établissaient des relations d’afaires durables et ponctuelles qui faisaient vivre des ménages entiers. C’est avec tristesse et les larmes aux yeux que j’ai assisté à l’efondrement, en un jour et par l’action malveillante de criminels sous contrat, de toute cette chaîne d’échanges commerciaux mutuellement dépendants et essentiels à l’économie nationale.

Chers compatriotes, l’heure est venue de nous demander sereinement et sérieusement de quelle Haïti voulons-nous. Les choses doivent changer dans le sens du bien dans notre pays. Il nous faudra tenir compte des demandes légitimes de mieux-être émanant des catégories pauvres et marginalisées de notre peuple. En raison de la stagnation de l’économie, de l’instabilité politique et des crises sociales de tous ordres, les couches dites moyennes se voient de plus en plus exposées à cette précarité qui semblent n’épargner que de petites poches de richesse. Quand l’ascenseur social ne fonctionne plus, et que des segments importants de la société vivent dans l’angoisse perpétuelle d’une improbable mobilité sociale, les frustrations abondent avec pour corollaires les agita- tions de rue et les violences de foules périodiques auxquelles notre pays est tellement accoutumé.

Lors des pillages de supermarchés le samedi 7 juillet, il se trouvait, parmi les ‘‘ déchouqueurs ’’ profes- sionnels en mission, des personnes aux conditions très humbles, des pauvres qui avaient efectivement faim et  en quête de quoi se nourrir le jour-même voire le lendemain. L’appareil judiciaire doit épargner ces êtres tourmen- tés de misères insoutenables et sévir avec la dernière rigueur contre les criminels de métier, les auteurs intellectuels, les opérateurs et groupuscules politiques de mauvais aloi, et contre les acteurs et groupes d’intérêts économiques ayant commandité et inancé ces opérations ciblées de ‘‘ déchouquage ’’. La misère des humbles ne saurait servir de prétexte aux entreprises de revanche politique ni de couverture aux actes maieux de vendetta économique.  La soif pathologique du pouvoir des uns constitue un frein à la consolidation de la démocratie en Haïti. De même, l’appétit glouton d’autres pour davantage de richesses mal acquises se pose en menace pour la bonne gouvernance, l’investissement entrepreneurial privé sain et la stabilité politique et sociale.

Je  suis Réginald Boulos, citoyen haïtien a part entière et descendant d’immigrés libanais arrivés en    Haïti au milieu du 19e siècle. Je demeurerai moi-même, entier et intégral, dans mon identité, mes engagements sociaux et mes convictions. Alors que, légitimement, nous critiquons l’attitude raciste de Donald Trump envers les immigrants, me voilà, drôlement, victime, dans mon propre pays, d’agissements racistes orientés contre les Haïtiens originaires du Moyen-Orient, lesquels sont connus pour être, dans leur grande majorité, de rudes et d’honnêtes travailleurs. Ils créent, pour beaucoup, des emplois durables et s’acquittent de leurs redevances iscales en citoyens responsables. Je n’ai pas encore décidé des suites à donner à ce déferlement de haine aux conséquences douloureuses tant pour moi que pour des centaines d’autres afectés. Je préfère attendre le retour à plus de sérénité. Une des options qui s’ofre à moi est de chercher pour mes enfants une terre plus clémente, un pays plus hospitalier aux immigrants. Je voudrais surtout éviter à mes enfants d’avoir à revivre cette expérience infernale. L’amour et l’attachement à la mère-patrie rendent un tel choix dramatique et diicilement envisageable.

J’entends  surtout rester moi-même dans mon parti-pris pour la promotion de entrepreneuriat privé      en Haïti, la création d’emplois à grande échelle. Je veux continuer à accompagner des entrepreneurs des classes moyennes dans la constitution d’entreprises viables et prospères. La solidarité sociale s’impose à moi et devrait s’imposer aux plus privilégiés d’entre nous comme un choix humain incontournable. Je ne me départirai jamais de mon combat progressiste pour une Haïti de création de richesses, de justice sociale et de prospérité. Une Haïti moderne où règne l’état de droit et où tous et chacun œuvrent, solidairement et collectivement, pour la protection des vies et des biens dans une communauté épanouie et apaisée.


D
R RÉGINALD BOULOS

Citoyen haïtien

20, Blvd. T. Louverture, HT6120 Port au Prince, HAÏTI Tel: (509) 2816-1001

email: reginaldboulos@gmail.com

 

Réponse du père Nathanael Saint-Pierre, Haiti, le Vendredi 20 juillet 2018

Lorsque les vauriens deviennent des vautours par Nathanael Louis Barnabé Saint-Pierre

 

Vendredi 20 juillet 2018 ((rezonodwes.com))–Cher Monsieur Boulos,

 

Refuser de reconnaître que vous êtes un privilégié dû à votre double nationalité et la couleur de votre peau, est un péché grave. Tant et aussi longtemps que vous ne comprenez pas que vous êtes d’une classe favorisée qui a la responsabilité de travailler pour que justice sociale soit réalité sociale, vous serez encore la victime de casses « ciblées » ou aléatoires.

En reconnaissant que vos ancêtres sont rentrés au pays « au milieu du 19ème siècle » vous dévoilez sans le vouloir que vos ancêtres sont arrivés après la lutte pour l’indépendance pour profiter et bénéficier d’un pays libre. Regardons l’apparence et la réalité de ceux que vous qualifiez de « déchouqueurs professionnels » : ce sont des petits nègres fils de nègres arrachés et déracinés d’Afrique qui après avoir été opprimés pendant plus de quatre cents années continuent de baver dans la crasse et survivent de la générosité d’une classe associée à ses bourreaux soit économiquement, soit ethniquement.

Comprenez vous leur réalité? Saisissez vous les différences entre eux et vous?

J’ai lu votre lettre et elle me paraît présenter d’une part des vilains qui ont démoli des entreprises messianiques et salvatrices; et d’autre part, des victimes bon genre bon cœur qui ne sont coupables d’aucun impair. Vous n’avez fait que votre éloge personnel. Vous avez nommé vos réalisations mais habilement omis de mentionner vos faux-pas. C’est ce genre d’hypocrisie qui fragilise la bourgeoisie haïtienne. La réalité est que vous faites partie d’une bourgeoisie salope.

À chaque fois qu’une catastrophe survient, qu’elle soit naturelle ou fabriquée de mains humaines, nous réagissons rapidement avec une aide pour un soulagement immédiat. Nous ne créons aucune structure à long terme qui nous permettrait d’être mieux préparés. Cela fait notre affaire d’augmenter la dépendance des plus fragiles au lieu de les éduquer pour qu’ils puissent apprendre à subvenir à leurs besoins à moyen et à long terme. Nous vautrant dans un luxe amoral, nous sommes de ceux qui ne veulent pas que les structures changent parce que nos bénéfices auraient diminué.

Combien payez-vous vos employés Docteur Boulos? Quelle est la rémunération offerte à celles et ceux qui servent de cobayes à vos produits pharmaceutiques? Je suis sûr que vous croyez tellement que vous rendez service à la communauté que vous devez croire que vous faites de votre mieux avec ce que vous avez sinon mieux que beaucoup d’autres.

  1. Boulos, comme vous, je suis né en Haïti. Je n’ai pas vos privilèges et ne les ai jamais eus. Malgré mes idées, je n’ai jamais eu le support financier pour les exploiter. J’ai été un mécanicien, mon garage a été étouffé par un fils de banquier revenu des USA et j’ai du travailler pour lui plutôt que pour moi même. J’ai présenté un projet de boulangerie écologique au FAES, je n’ai pas reçu de financement pourtant j’ai appris que quelqu’un d’autre a reçu le financement et mon projet. Aujourd’hui, j’ai des idées de récupération et de recyclage, je n’ai toujours pas l’argent que ça prend pour construire une structure de collecte et un plateau de tri. Quelles sont mes alternatives après toutes ces années d’études? Qu’est-ce qu’il me reste à faire si je refuse d’être candidat au sénat ou à la chambre des députés n’ayant aucune chance d’être élu puisque je refuse de vendre mon intégrité?

C’est nous, M. Boulos que vous qualifiez de déchouqueurs professionnels. Parce que sans guides, nous sommes livrés à nous-mêmes. Parce que la bourgeoisie salope ne nous laisse aucune opportunité. Parce que nous sommes affamés et sans travail. Parce que tous les gouvernements vous ont soutenus et protégés, (vous l’écrivez vous-même vous êtes bon payeur d’impôts) alors qu’ils ne nous ont qu’opprimés.

Parce que les appareils répressifs nous ont choisis pour cibles et jamais vous. Parce que nous sommes frustrés de vous savoir bien protégé alors que nous sommes exposés à tous les fléaux sociaux. Nous avons voulu vous démontrer que derrière vos murs et barbelés, vous n’êtes pas intouchable et inaccessible. Parce que vous avez les moyens de votre justice mais nous n’avons même pas la justice de nos moyens.

Tant et aussi longtemps que votre capitalisme ne présente pas un possible visage d’humanité, la sauvagerie du peuple viendra mettre les pendules à l’heure. Les vauriens ne deviennent pas vautours sans raison. Ils le font parce que la charogne augmente.

 

Bien à vous,

 

Un citoyen comme vous

 

Nathanael Louis Barnabé Saint-Pierre

 

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Nice post

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